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Pierre Briand vagabond à l’âme africaine

Publié par Club de la Presse Centre - Val de Loire le 29/09/2018

Denis Rousseau parti en Amérique centrale, Pierre Briand le remplace à la tête du bureau de l’Agence France-Presse (AFP) de la région Centre-Val de Loire. Portrait de ce journaliste voyageur qui « s’amuse » encore à 68 ans dans le métier. Par Aurélie DUNOUAU

Fermez les yeux et imaginez-vous en Afrique : terres ocres et désertiques, forêts tropicales, campements au milieu d’éléphants,… C’est au sein de ce décor romanesque qu’a exercé de nombreuses années Pierre Briand pour l’AFP entre Congo, Angola, Rwanda, Djibouti, Gabon et Tchad.

En écoutant son récit, on croit apercevoir le paradis perdu du journalisme, l’époque du grand reportage, « une période fabuleuse » où le journaliste pouvait partir 15 jours faire son enquête sans donner de nouvelles à sa direction - de toute façon il n’y avait pas de téléphone portable. Une époque où un contact téléphonique s’établissait entre 6 et 12 heures d’attente, celle où ses dépêches étaient envoyées par télex en soudoyant celui qui les tapait grâce à une substance locale qui se mâche. Sourires de Pierre Briand qui aime raconter ses pérégrinations, lui qui, fils de militaire né au Vietnam, a toujours bourlingué et acquis l’âme d’un « caméléon » avec une grande faculté d’adaptation. Dix-huit déménagements au compteur.

Voilà pour la face joyeuse. L’Afrique centrale qu’il a aussi couverte à ses débuts en 1975 pour Reuters, Le Monde puis très vite pour l’AFP, c’est aussi un tableau plus sombre jonché de guerres et de violences, la Kalachnikov parfois pointée sur sa tête, obligé de fuir et de reposer ses valises à Paris ou Marseille. Dès 1977, il fut expulsé de Djibouti qui venait d’acquérir son indépendance. En 1993-94, après le génocide, il était au Rwanda ; en 2013, au Congo-Kinshasa dans une situation explosive. 

Malgré tout, il garde en tête l’image d’une Afrique débordant d’énergie et de vitalité. De ses habitants, riants et extrêmement vivants en dépit de leur dénuement économique, parcourant des kilomètres et kilomètres pieds nus jusqu’à gagner leur pain, 50 centimes par jour en vendant des chemises repassées par leur soin. Il semble en conserver un optimisme en l’homme inébranlable.

En 1995, il prend un congé sabbatique de 5 ans pour gérer une agence de presse qui rend compte des procès du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) installé à Arusha, en Tanzanie. L’Afrique chevillée au corps et toujours une expérience « extraordinaire ». 

Même de son excursion au cabinet de Gaston Deferre en 1981-83, alors ministre de l’Intérieur aux directives corsées, il garde un très bon souvenir, bien qu’il n’ait pas tardé à revenir dans sa maison mère. « Content partout » comme il dit… On sent aussi que sa famille, sa femme et ses trois enfants représentent son pôle de stabilité.

Les moments à Paris, au desk comme on dit à l’AFP, on le devine, sont moins sa tasse de thé. Alors, ces dernières années, éloigné du terrain, il investit son temps libre au centre de migrants de la porte de la Chapelle, où il gérait la laverie et la distribution de vêtements. Des moments qui lui permettent de poursuivre ses riches échanges avec les migrants africains.

Tropisme africain, tropisme tourangeau… car Pierre Briand a débuté à Tours, étudiant à l’IUT où il a « essuyé les plâtres » en 1971-73, époque où il s’est « beaucoup amusé ». 

Quarante-cinq ans plus tard, revoici donc Pierre Briand à la conquête des terres tourangelles. Il écarquille ses yeux bleus pour reconnaître la ville, redécouvre le quartier Plumereau, jadis encrassé et obstrué ; constate tout en s’interrogeant le déclin de La Nouvelle République alors qu’il l’avait quittée dans les années 70 florissante, époque où ses professeurs journalistes préféraient y travailler plutôt qu’au Monde (« parce qu’on y était bien payé aussi »).

Son ambition à Tours ? « Finir intelligemment ». Il est heureux d’avoir quitté le desk de l’AFP à Paris, où ces dernières années il travaillait de nuit au service économique pour, notamment, suivre les cours de la bourse américaine. Il arrive, curieux, « persuadé qu’il y a des choses à faire », « des sujets à creuser ». 

Avec appétit, il glisse sous son imposante moustache blanche qu’il compte bien sortir des sujets d’intérêt national et international. Peut-être faire sortir Tours de sa relative torpeur ? Tout juste installé, il a d’ailleurs commencé par punaiser la carte de la région dans son bureau, et ne va pas hésiter à sortir son vieux scooter de la grange de sa maison du Sud Touraine pour arpenter les coins et découvrir les richesses locales. Faire jaillir de nouvelles histoires et de nouvelles rencontres humaines : Pierre Briand va, à coup sûr, encore beaucoup s’amuser.