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UN NEO-BLESOIS CONTRE LA CENSURE

Publié par Club de la Presse Centre - Val de Loire le 13/05/2013

Entre Robin des Bois et Jean Robin (de Blois), le nom n’est pas la seule similitude : tous deux, à leur manière, sont des justiciers. Tandis que le premier oeuvre à la répartition des richesses, le second lutte sans merci contre la censure… depuis qu’il en a lui-même été victime.

 A l’origine, Jean Robin n’est ni journaliste ni éditeur, ni même Blésois. Né en Auvergne en 1978, ce titulaire d’un Bachelor of Business Administration (diplôme américain équivalent à celui d’une école de commerce) a exercé durant 7 ans en tant que commercial dans les télécoms et Internet, à Paris. Mais, déjà, sa passion de l’information le vouait à une autre destinée professionnelle : dès 2003 (soit 2 ans avant de quitter le salariat), il créait l’Association pour la qualité de l’information et de sa transmission (A.Q.I.T), organisant des conférences et des rencontres où chercheurs, journalistes et citoyens s’interrogeaient sur les moyens d’améliorer la qualité de l’information - « que nous trouvions déplorable », précise Jean Robin. « J’avais une vocation qui commençait à se manifester et, un jour, j’ai découvert un gros poisson. » En l’occurrence le plagiat de Thierry Ardisson dans son livre Pondichéry (1994) - « sur 60 pages, alors qu’il n’en avouait que quelques lignes ».

Refusé avant d’exister

Ainsi a débuté la carrière de journaliste de Jean Robin : durant l’été 2005, il a mené sur le sujet une enquête approfondie, avec pour idée d’en publier le résultat sur son blog. Or Ardisson, qui sortait un livre de confessions dans lequel il revenait sur l’affaire, faisait l’actualité. Dans le sillon, Jean Robin s’est fait remarquer, interpellant l’animateur chez Morandini sur Europe 1 et au Grand journal de Canal +… si bien que l’agent littéraire de Maurice Dantec lui a commandé un livre sur sa thèse - accréditée entretemps par les contre-enquêtes de divers médias francophones. Pourtant, avant même que la première ligne ne soit écrite, les nombreuses maisons d’édition sollicitées ont refusé le projet, « parce que nous mettions en cause celui qui faisait vendre leurs livres », analyse Jean Robin. De sorte que six mois plus tard, l’ouvrage était prêt, mais il n’y avait personne pour le publier.

Auteurs hors-système et sujets qui dérangent

Ainsi a débuté la carrière d’éditeur de Jean Robin : en 2006, il a vendu son appartement pour monter sa propre maison et faire lui-même paraître son travail. Relayée par de grands médias tels que Libération, Technikart ou France Inter, la publication d’Ils ont tué la télé publique a fait parler d’elle. Peu de temps après, Ardisson quittait France 2 : « J’ai été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », commente Jean Robin.

Mais les Editions du Journalisme Continu n’avaient pas vocation à s’arrêter là. « J’ai créé ma maison avec l’idée de publier ceux dont personne ne veut, comme moi à l’époque », explique l’éditeur en notant que « la censure peut être multiforme. » Aujourd’hui devenues Tatamis (www.tatamis.fr), les éditions de Jean Robin ont une cinquantaine d’ouvrages à leur actif, le plus souvent écrits par des auteurs hors-système et/ou sur des sujets qui dérangent - la seule limite étant la légalité.

La censure identifiée

Grâce à des titres tels que Radars : le grand mensonge, Le livre noir de la gauche (qui en est à sa 4ème réimpression) ou La Mosquée Notre-Dame de Paris (refusé 65 fois et devenu meilleure vente de la maison), les éditions Tatamis se sont fait un nom. Elles n’en ont pas pour autant été épargnées par la crise : « Nous nous en sommes tirés parce que je n’ai pas commis de grosse erreur et que nous avons su nous diversifier. »

Avec en l’occurrence la création du site Internet Enquête et Débat, qui inscrit la lutte de Jean Robin dans l’actualité : « Mon but, c’est d’identifier la censure », résume-t-il. En témoignent entre autres les listes qu’il a créées (en comparant le nombre de publications à celui des passages sur les télévisions publiques) des 100 intellectuels surmédiatisés (Eric Zemmour, Bernard-Henri Lévy,…) et des 200 sous-médiatisés (Georges-Jean Arnaud, Jacques Abeille,…).

Organiser la réplique politique

Près de 3 ans après sa création, www.enquete-debat.fr comptabilise 100 000 visiteurs uniques par mois, 4 500 abonnés twitter, 2 500 « j’aime » sur facebook et un peu plus de 1 000 abonnés à sa newsletter. Fort de ce succès, Jean Robin peut poursuivre l’œuvre de sa maison d’édition - qui s’apprête à faire paraître en mai son essai polémique Pour un antiracisme de droite et, à la rentrée, le témoignage de l’ancien DRH d’une multinationale ayant fait un burn-out, ainsi qu’un roman historique sur les dernières années de Tchaïkovski.

Mais le néo-blésois (qui est « tombé amoureux » de la ville en rendant visite à un prestataire vinolien) a bien d’autres projets, parmi lesquels créer « une start-up à forte croissance » (sous la forme d’ « un moteur de recherche d’un nouveau genre »), ou encore « organiser une réplique politique » en rassemblant « les forces vives de la nation », bridées, autour d’« un engagement qui respecterait la liberté, la 5ème République et utiliserait Internet » - et qui se positionnerait comme une alternative hors du système politico-médiatique, « qui est verrouillé ».

« Si j’avais la carte de presse, je m’estimerais salarié de l’Etat »

Mais s’il y a un projet que Jean Robin n’a pas, c’est bien celui de demander la carte de presse : « Les gens se disent que journaliste = carte de presse, mais ceux-là sont achetés par le système puisqu’ils profitent d’un privilège donné par l’Etat sous forme de déduction fiscale : si j’avais la carte, je m’estimerais salarié de l’Etat », déclare-t-il en concluant : « Journaliste, c’est l’un des métiers les plus nobles et l’un des garants de la démocratie : si je ne me lève pas le matin en me disant que mon travail va changer la vie de mes concitoyens, il ne me sert à rien de me lever. » 


Anne-Sophie Perraudin



Ressources Portrait
Crédit Photos : A-Sophie Perraudin Imprimer